A quoi servent les dates de pĂ©remption ? Comment sont-elles fixĂ©es, et sur quels critĂšres ? Qui dĂ©cide des dates de conservation ? Quelle est la diffĂ©rence entre les DLC, (“Date Limite de Consommation”) et les DDM (“Date de DurabilitĂ© Minimale) ? Pourquoi certains produits qui ne pĂ©riment jamais ont-ils une date ? Peut-on manger sans risque un produit dont la date est dĂ©passĂ©e ?

Si on s’intĂ©resse de plus en plus aux dates de conservation, c’est que ces dates apposĂ©es sur presque tous nos aliments seraient responsables de 20% du gaspillage qui a lieu chez les consommateurs. En effet, beaucoup de produits sont jetĂ©s alors qu’ils sont encore bons parce que les dates sont mal comprises, ou bien parce que les dates indiquĂ©es pourraient ĂȘtre plus longues ! Aux Etats-Unis, une Ă©tude montre mĂȘme que 90 % des consommateurs jetteraient de la nourriture prĂ©maturĂ©ment

Mais alors
 Si les dates génÚrent du gaspillage, pourquoi les a-t-on créées, et pourquoi les garde-t-on ? On vous explique tout !

 

Les dates de pĂ©remption : tout ce qu’il faut savoir pour correctement les lire 🔎

DLC et DDM : ne faites plus l’erreur ! đŸš©

En France, presque tous les produits alimentaires vendus en grande surface ont une date de pĂ©remption. C’est la loi. Dans les pays membres de l’Union EuropĂ©enne, ces dates sont rĂ©gies par le rĂšglement nÂș 1169/2011.

Il en existe deux types : les Dates Limites de Consommation, couramment appelĂ©es DLC, et les Dates de DurabilitĂ© Minimale, abrĂ©gĂ©es DDM pour les intimes. Ces derniĂšres s’appelaient Dates Limites d’Utilisation Optimale (DLUO) jusqu’en 2015, annĂ©e oĂč on les a renommĂ©es « DDM ». 

Comment les reconnaĂźtre ? Quand les DLC se caractĂ©risent par la mention « Ă  consommer jusqu’au », les DDM prennent la forme d’un « Ă  consommer de prĂ©fĂ©rence avant le ». L’ajout de ces deux mots va tout changer.

En cherchant dans votre cuisine, vous remarquerez que les DLC vont surtout concerner les produits de votre rĂ©frigĂ©rateur : viandes et poissons frais, oeufs, laitages, fruits et lĂ©gumes. Quant aux DDM, elles seront accolĂ©es Ă  des produits d’épicerie comme les pĂątes, le riz, les conserves ou les surgelĂ©s.

La DLC indique la date au delĂ  de laquelle la denrĂ©e reprĂ©sente un danger pour la santĂ© : en dĂ©passant cette date, le consommateur s’expose Ă  un risque rĂ©el d’intoxication.

La DDM annonce la date Ă  partir de laquelle l’aliment peut perdre ses propriĂ©tĂ©s organoleptiques, c’est-Ă -dire : son odeur, sa saveur, sa couleur, sa texture. Et rien de plus. C’est pourquoi, une consommation au-delĂ  de la DDM n’entraĂźne pas de risque pour la santĂ©. Il arrivera que le produit ne soit pas aussi goĂ»tu ou que sa texture déçoive, sans que votre santĂ© ne soit mise en danger.

Voilà pour les présentations. 

les-dates-de-conservation-décryptées-pour-lutter-contre-le-gaspillage

DLC, DDM : une histoire faite pour durer ? đŸ€”

 

LĂ  oĂč ça se complique, c’est que les yaourts sont des produits frais. Ils sont donc porteurs d’une DLC. Mais alors, si la DLC indique la date Ă  laquelle un aliment ne peut plus ĂȘtre mangĂ© et que les yaourts en ont une, comment se fait-il qu’on puisse les consommer plusieurs jours aprĂšs la date ? Vos amis qui se vantent de dĂ©passer les DLC vont-ils tous mourir ?

On aimerait pouvoir vous rassurer mais la réponse est : ça dépend. 

Les produits de la mer et les viandes ne doivent absolument pas ĂȘtre consommĂ©s aprĂšs la date. Quand d’autres, s’ils ne sont pas ouverts, peuvent se consommer une Ă  deux semaines aprĂšs. C’est le cas de nos fameux yaourts. Certaines DLC sont donc plus souples que d’autres.

Et cĂŽtĂ© DDM ? Et bien ce n’est pas beaucoup mieux. Les condiments comme la moutarde, les cornichons et les Ă©pices, se consomment trĂšs longtemps aprĂšs la date, sans que leur aspect, leur texture, leur goĂ»t ou leur odeur n’aient bougĂ© d’un iota. Il existe mĂȘme des aliments qui ne pĂ©riment jamais. C’est le cas du riz, de la farine et des cĂ©rĂ©ales. Apposer une date, quelle qu’elle soit, semble ici absurde. Rappelons-le, dans tous les cas, consommer la DDM quelques mois aprĂšs ne reprĂ©sente pas de danger sanitaire.

On rĂ©sume : la DLC indique une date au-delĂ  de laquelle la consommation reprĂ©sente un danger pour votre santĂ©, mais seulement pour certains produits. Dans le mĂȘme temps, des DDM sont collĂ©es sur des produits impĂ©rissables. En fait, une part de la rĂ©alitĂ© semble Ă©chapper Ă  la logique binaire DDM – DLC, si chĂšre Ă  l’Etat.

 

C’est l’histoire d’un yaourt en Espagne… đŸ‡Ș🇾

 

Prenez un  yaourt  nature, une cuillĂšre Ă  cafĂ© de sucre en poudre, 10 cl de lait froid et les fruits de votre choix. Placez le yaourt au congĂ©lateur. Une bonne heure suffira. Une fois qu’il est bien glacĂ©, versez tous les ingrĂ©dients, sauf le lait, dans un saladier. MĂ©langez le tout. Ajoutez du lait au fur et Ă  mesure jusqu’Ă  l’obtention de la consistance que vous voulez. AgrĂ©mentez de la garniture de votre choix et tadaaaaaam : c’est prĂȘt ! 

Si on vous a donnĂ© notre recette de grand-mĂšre pour faire un bon yaourt, c’est aussi parce que ce produit a une particularitĂ© : sa date de pĂ©remption a fait l’objet d’une dĂ©cision hors normes en-deçà des PyrĂ©nĂ©es. 

Ainsi en mars 2014 le yaourt, produit frais comme notre recette vous le montre, troquait sa DLC de 28 jours pour une DDM de 35 jours. Oui vous avez bien lu : une DLC (date limite de consommation) est devenue DDM (date de durabilitĂ© minimale). Cette mesure fait partie de la campagne « plus d’aliments, moins de gaspillage » visant Ă  rĂ©duire de moitiĂ© le gaspillage d’ici 2025 en Espagne.

Non seulement la typologie de date a changĂ©, mais en plus sa durĂ©e s’est vue rallongĂ©e de 7 jours, le yaourt conservant sa qualitĂ© optimale jusqu’au 35Ăšme jour. AprĂšs ça, il reste consommable mais peut avoir perdu quelque peu son goĂ»t, son odeur, son aspect. Bref, l’apposition d’une DDM concorde. 

En transformant la DLC en DDM le message est clair : c’est dĂ©sormais au consommateur de choisir si, au trente-cinquiĂšme jour, le laitage doit terminer ou non Ă  la poubelle. Petite rĂ©volution dans les frigos ibĂ©riques.

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Dans les coulisses des dates… ✹

Les dates de pĂ©remption, une affaire d’Etat ? 📜

On l’a dit, les dates pĂ©remption sont imposĂ©es aussi bien par le lĂ©gislateur europĂ©en que national. DĂšs lors, on pourrait croire naĂŻvement que puisque l’Etat impose des dates de pĂ©remption, il se charge aussi de les choisir pour chaque produit mis en vente sur le marchĂ© national. Il n’en est rien. En France, ce sont les fabricants qui fixent eux-mĂȘmes les dates de pĂ©remption sur leurs produits. Mais comment procĂšdent-ils ? 

Il faut comprendre que la durĂ©e de vie d’un produit va ĂȘtre dĂ©terminĂ©e par une sĂ©rie de facteurs. Son taux d’aciditĂ©, le niveau d’humiditĂ©, de plus ou moins grandes quantitĂ©s de sucre et de sel vont participer Ă  la raccourcir ou, au contraire, la rallonger. 

Ainsi, les industriels fixent les dates en fonction de conditions communĂ©ment observĂ©es. Les dates projetĂ©es coĂŻncident avec un usage normal du produit par le consommateur, c’est-Ă -dire sans rupture prolongĂ©e de la chaĂźne de froid de part et d’autres de la chaĂźne. Si vous ĂȘtes malade, l’industriel sera responsable si et seulement si vous avez conditionnĂ© le produit selon les formalitĂ©s couramment admises et indiquĂ©es sur l’emballage. En revanche, si vous stockez vos yaourts dans votre four, nous vous dĂ©conseillons fortement de vous fier uniquement Ă  la DLC
 

 

Les mĂ©thodes des industriels pour fixer les DLC et DDM ⚗

 

Pour calculer ces fameuses dates de pĂ©remption, les professionnels de l’alimentaire disposent de plusieurs mĂ©thodes. Il s’agit toujours de dĂ©terminer d’une part Ă  quel moment les qualitĂ©s gustatives et esthĂ©tiques du produit vont dĂ©cliner, d’autre part quand les pathogĂšnes vont rendre le consommateur malade. 

Pour dĂ©terminer le pique de saveurs, certains industriels ont recours Ă  des groupes de consommateurs, d’autres Ă  des tests en laboratoires, d’autres encore s’appuient sur des calculateurs.

Dans le premier cas, celui des groupes de consommateurs, on va Ă©tudier l’aliment sans recourir Ă  des simulation biologiques ni numĂ©riques. Il s’agit de goĂ»ter et de  prendre des photos tout au long d’une pĂ©riode donnĂ©e. On va recueillir des donnĂ©s chimiques et microbiologiques exactes. Mais le principal intĂ©rĂȘt, c’est surtout de pouvoir analyser des variables sensorielles, comme l’odeur ou la saveur et ce, tout au long de la phase de vieillissement. 

En laboratoire, les grandes entreprises travaillent avec les pathogĂšnes qui colonisent frĂ©quemment leurs produits. Chaque micro-organisme potentiellement dangereux ne l’est qu’à partir d’une certaine dose. On va par exemple incorporer un champignon de Listeria monocytogene dans une charcuterie pour analyser ce qui se passe pendant le transport, le stockage, la vente en supermarchĂ© puis le frigidaire du consommateur. Toutes les Ă©tapes de la chaĂźne sont ainsi observĂ©es en conditions rĂ©elles. C’est toujours le facteur temps qui va primer pour les DLC : on va suivre la stabilitĂ© microbiologique du produit au fil des jours. Mais pour les produits en DDM, les choses se compliquent. On imagine mal un fabricant de conserves patienter des annĂ©es avant de commercialiser son produit, attendant patiemment de voir au bout de combien de temps la denrĂ©e devient impropre Ă  la consommation. DĂšs lors, on comprend qu’une DDM se fonde parfois davantage sur des estimations que sur des faits constatĂ©s.

Il existe enfin une mĂ©thode qui peut sembler un peu obscure : l’utilisation d’un calculateur pour simuler numĂ©riquement l’évolution d’un produit. Les entreprises peuvent simuler le vieillissement dans des machines spĂ©cialement conçues Ă  cet effet. En modulant des paramĂštres comme la tempĂ©rature, l’humiditĂ©, l’aciditĂ© ou encore la concentration en oxygĂšne, les fabricants obtiennent diffĂ©rents rĂ©sultats et constituent des moyennes qui vont leur servir Ă  dĂ©terminer la date de pĂ©remption. Elles vont simuler l’accĂ©lĂ©ration du processus de dĂ©composition. C’est en quelque sorte l’inverse d’une machine Ă  remonter le temps !

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Les dates… Un concept dĂ©jĂ  dĂ©passĂ© ?  

 

Alors on le voit, les dates de pĂ©remption ne sont pas fixĂ©es n’importe comment. Les industriels disposent de mĂ©thodes bien huilĂ©es, en constante amĂ©lioration. Les cas d’intoxication alimentaires pour des produits consommĂ©s avant leur DLC sont d’ailleurs suffisamment rares pour en attester. Mais si ce systĂšme a montrĂ© son efficacitĂ© sanitaire, il pose de vraies questions en matiĂšre de gaspillage.

D’abord, parce que les fabricants vont souvent vouloir se donner une marge de sĂ©curitĂ©, dans le doute. Un scandale sanitaire entamerait la confiance du consommateur envers la marque et serait donc trĂšs prĂ©judiciable. Pour parer Ă  ce risque, certains industriels vont chercher Ă  Ă©courter de quelques jours la DLC par rapport aux rĂ©sultats observĂ©s lors des phases de tests. 

Une autre raison pour laquelle il arrive que les dates de pĂ©remption soient volontairement Ă©courtĂ©es est plus surprenante : parce qu’on a observĂ© que les consommateurs se mĂ©fient des produits ayant une date trĂšs longue, les fabricants raccourcissent leurs dates. Il s’agit de ne pas perdre la confiance du consommateur, si prĂ©cieuse dans l’acte d’achat.

En 2013, un petit scandale a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par Victorin Lurel, alors ministre de l’Outre-Mer. Il remarque que plus de 300 produits frais ont une DLC diffĂ©renciĂ©e selon qu’ils sont vendus en mĂ©tropole ou dans les dĂ©partements d’outre-mer. LĂ  encore, c’est une affaire de yaourts : certains ont une DLC de 30 jours en mĂ©tropole contre 50 outre-mer. Monsieur Lurel s’indigne aussi qu’un mĂȘme reblochon soit commercialisĂ© avec une DLC de 35 jours dans l’Hexagone et 70 outre-mer.  Pour certains produits, on passe mĂȘme d’une quarantaine de jours de DLC Ă  prĂšs de 200. En fait, cette pratique permet d’optimiser pour la mĂ©tropole la fabrication et l’Ă©coulement des stocks. L’affaire connaĂźt un certain retentissement dans les mĂ©dias. En juin 2013, la loi n° 2013-453 interdit finalement cette pratique.

Le raccourcissement volontaire des dates reprĂ©sente un gaspillage alimentaire facilement Ă©vitable. Dans un pays oĂč mĂȘme le dentifrice et les savons ont une date de pĂ©remption, la question de leur suppression sur certains produits doit se poser. Le dĂ©putĂ© français Guillaume Garot, Ă  l’origine de la premiĂšre loi anti-gaspillage au monde, propose par exemple de les remplacer par des dates de fabrication sur certains produits. Quand on sait que sur les 20 kilos de nourriture que les Français jettent chaque annĂ©e, 7 sont des produits jamais dĂ©ballĂ©s, la question est d’autant plus prĂ©gnante !

La Commission europĂ©enne estime dans une Ă©tude que 42% du gaspillage alimentaire dans l’Union EuropĂ©enne se trouve dans les foyers. La mĂȘme Ă©tude conclut que la majoritĂ© de ce gaspillage pourrait ĂȘtre Ă©vitĂ©e en adoptant de nouvelles habitudes de consommation et de stockage des aliments. Puisque c’est cette mĂȘme Union EuropĂ©enne qui rĂ©git les dates de pĂ©remption, c’est Ă  elle qu’il incombe de revoir sa copie pour que les 500 millions de consommateurs cessent de jeter des produits encore consommables.