Avec la crise du covid-19, les associations d’aide alimentaire ont plus que jamais besoin de soutien pour lutter contre la prĂ©caritĂ© alimentaire. Chez Phenix, on participe Ă  une double mission : lutter contre le gaspillage, mais aussi contre la prĂ©caritĂ© alimentaire. DĂ©jĂ  partenaires de 1 300 associations en France, Ă  qui nous redistribuons quotidiennement 100 000 repas gratuitement, nous avons renforcĂ© nos liens avec elles durant la pandĂ©mie. Ainsi, Phenix vient de nouer un partenariat avec le rĂ©seau d’épiceries sociales ANDES, qui vient en aide aux personnes prĂ©caires grĂące Ă  la vente d’invendus Ă  prix symbolique, mais pas seulement ! Nous profitons donc de cette occasion pour donner la parole Ă  son Directeur GĂ©nĂ©ral, Yann Auger, qui nous en dit plus sur son fonctionnement et les dĂ©fis Ă  relever pour l’aprĂšs-coronavirus.

 

Phenix : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ANDES et le fonctionnement d’une Ă©picerie sociale ?

Yann Auger : ANDES fonctionne comme une tĂȘte de rĂ©seau pour des Ă©piceries sociales et solidaires adhĂ©rentes. Ce sont plus de 380 structures qui adhĂšrent Ă  ANDES, avec une prĂ©sence partout en France, y compris en Outre-mer. Nous sommes le cinquiĂšme acteur de l’aide alimentaire en France si on compte le nombre de repas servis. A cĂŽtĂ© de ça, nous avons aussi un rĂŽle Ă  jouer dans la lutte anti-gaspillage, puisque nous nous approvisionnons en partie dans des filiĂšres anti-gaspi comme Phenix.

Une Ă©picerie sociale c’est comme un magasin de proximitĂ© ordinaire, mais dĂ©diĂ© aux plus dĂ©munis. Ce sont des Ă©piceries de quartier oĂč le public va payer entre 10 et 30% de la valeur marchande du produit, pour un temps donnĂ©. C’est un coup de pouce ponctuel pour des personnes qui ne sont pas dans la forme la plus extrĂȘme de prĂ©caritĂ©, mais qui traversent des difficultĂ©s rĂ©elles. Les publics accueillis vont aussi bĂ©nĂ©ficier d’un accompagnement social.

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Phenix : ANDES supervise quatre chantiers d’insertion. Vous pouvez nous en dire plus ?

Y. A. : C’est notre deuxiĂšme activitĂ©, Ă  cĂŽtĂ© des Ă©piceries sociales prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©es. Nos quatre chantiers d’insertion sont situĂ©s dans des marchĂ©s de gros. On collecte les invendus des grossistes et on les distribue pour moitiĂ© aux Ă©piceries sociales du rĂ©seau. Les 50% restant sont distribuĂ©s Ă  d’autres structures associatives. L’annĂ©e derniĂšre, les chantiers d’insertion ont livrĂ© 2 200 tonnes de denrĂ©es Ă  l’aide alimentaire en leur Ă©vitant le gaspillage.

Sur ces chantiers, des salariĂ©s en insertion vont ĂȘtre formĂ©s aux mĂ©tiers de la logistique. Ils bĂ©nĂ©ficient d’un accompagnement social : on les aide sur le logement, la santĂ©, etc. La durĂ©e moyenne de parcours sur un chantier d’insertion est comprise entre 7 et 12 mois. Le taux de sortie positive (c’est-Ă -dire, la rĂ©insertion) est une belle rĂ©ussite : 70% des salariĂ©s trouvent un emploi ou une formation Ă  la sortie. D’ailleurs, les dĂ©bouchĂ©s ne sont pas toujours des mĂ©tiers en lien avec la logistique. 

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Phenix : Quel a Ă©tĂ© l’impact de la crise Covid 19 sur votre activitĂ© ?

Y. A. : Les Ă©piceries sociales du rĂ©seau ANDES ont Ă©tĂ© trĂšs mobilisĂ©es pendant la crise. Si au tout dĂ©but on a dĂ» fermer bon nombre de structures, on s’est rapidement adaptĂ©s, de sorte que fin avril 90% des Ă©piceries Ă©taient ouvertes.

ParallĂšlement, on a dĂ» effectuer un recentrage de nos activitĂ©s sur la partie strictement alimentaire. Les ateliers et tout ce qui concerne l’accompagnement social a dĂ» ĂȘtre mis entre parenthĂšses le temps de la crise. Heureusement, cela reprend petit Ă  petit.

Notre réaction a consisté à faire appel aux jeunes. On a mené des actions au niveau du réseau national et plus localement, chaque épicerie a cherché des bénévoles.

Et pour ce qui concerne les chantiers d’insertion, on est restĂ©s ouverts pendant toute la pĂ©riode covid, avec des organisations variĂ©es. S’il y a eu une baisse de l’activitĂ© pour certains chantiers, d’autres ont constatĂ© une hausse. Sur le mois d’avril Ă  Marseille on a triplĂ© les volumes par rapport Ă  d’habitude. Bien sĂ»r, certains salariĂ©s en insertion n’ont pas pu venir du fait de la situation mais on a rĂ©ussi Ă  maintenir les chantiers.

Phenix : Quels sont les principaux facteurs qui expliquent ces difficultés ?

Y. A. : Je ne serai pas exhaustif sur ce point car il y a beaucoup de paramĂštres qui entrent en jeu.

D’abord, on avait moins de bĂ©nĂ©voles dans nos Ă©piceries sociales. D’autre part les professionnels de l’alimentaire Ă©taient eux-mĂȘmes en sous-effectif. Donc on a deux problĂšmes de ressources humaines qui se superposent dans cette crise. 

Il faut savoir que l’aide alimentaire est constituĂ©e essentiellement de bĂ©nĂ©voles, dont certains sont ĂągĂ©s, d’autres de santĂ© fragile, d’autres encore devaient assurer la garde de leurs enfants. A cela s’ajoutent des difficultĂ©s pratiques pour accĂ©der aux magasins, notamment pour ceux qui se dĂ©placent en transports en communs car ils ont Ă©tĂ© rĂ©duits et suscitent l’inquiĂ©tude d’ĂȘtre contaminĂ©s chez de nombreux bĂ©nĂ©voles. Il y a aussi eu une pĂ©nurie sur certains produits dans les supermarchĂ©s qui nous approvisionnent. C’est vĂ©ritablement une somme de facteurs.

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Phenix : Avec la probable rĂ©cession qui se profile, l’aide alimentaire traverse une pĂ©riode mouvementĂ©e. Comment voyez-vous cette situation ?

Y. A. : Les remontĂ©es du terrain sont trĂšs claires, on a de nouvelles populations qui se prĂ©sentent : des personnes dont les contrats courts n’ont pas Ă©tĂ© renouvelĂ©s, des intĂ©rimaires, des salariĂ©s en chĂŽmage partiel, des Ă©tudiants, etc.

On s’attend Ă  un afflux Ă©norme, de l’ordre de + 20% selon la FĂ©dĂ©ration Française des Banques Alimentaires, quand d’autres pensent mĂȘme qu’on atteindra les 30%, voire davantage dans les mois qui viennent. Sur le terrain, on constate des situations variĂ©es : certaines Ă©piceries ont vu une augmentation de la demande de 100%, quand d’autres ont, au contraire, observĂ© une lĂ©gĂšre baisse.

Ce qui est sĂ»r, c’est que les besoins risquent globalement d’augmenter et les coĂ»ts de fonctionnement avec. Pendant la crise, les Ă©piceries ont exceptionnellement fait des colis gratuits, ce qui reprĂ©sente une perte de recettes. Comme les rĂ©alitĂ©s du terrain restent trĂšs diverses, on ne peut pas gĂ©nĂ©raliser un schĂ©ma si facilement : il faut s’adapter localement.

Phenix : Cette crise est aussi la raison pour laquelle vous lancez une grande collecte ?

Y. A. : On est dans une dĂ©marche de collectes de fonds privĂ©s pour crĂ©er 100 Ă©piceries. C’est quelque chose qu’on prĂ©parait depuis longtemps, mais lĂ  on a dĂ©cidĂ© d’accĂ©lĂ©rer pour prĂ©parer la sortie de crise. 

Il faut des solutions adaptĂ©es Ă  chaque public. Beaucoup de gens n’osent pas Ă  aller Ă  l’aide alimentaire classique et sont capables de payer une petite somme pour se nourrir. De fait, les Ă©piceries sociales sont une option plus facilement acceptable pour eux. Le but c’est aussi bien sĂ»r de leur offrir un vrai accompagnement dans ces temps difficiles.

On rĂ©alise cette grande collecte car on croit au modĂšle des Ă©piceries sociales. C’est un modĂšle non stigmatisant et moins traumatisant pour les bĂ©nĂ©ficiaires. Toutes ces personnes bientĂŽt prĂ©caires auront besoin de diffĂ©rentes solutions. Nous souhaitons participer Ă  constituer cet Ă©ventail d’options pour les personnes en situation de prĂ©caritĂ©.

Merci Yann pour cet entretien !